Poésie.
Le recueil
Bènnbènn
d’ Axel Sourisseau
ne passe pas
inaperçu !

Dans le pays qui est né de son imagination, Falka, la mer, s’étend aux pieds de Bènnbènn, (le rocher, l’île, le sommet, le volcan, la montagne, peut-être un peu de tout ça), au masculin. Bènnbènn, qui «sacrifie ses flancs» est balayé par Shou, le vent. Bènnbènn, où des novices (Tasheritts dans le texte) viennent se replier dans l’étude des livres et de la méditation, est aussi «somptueux refuge aux livres /que des gardiennes affranchies /perpétuent_» (hashram ? retraite ? couvent ?).
Bènnbènn, c’est surtout le titre du nouveau recueil d’Axel Sourisseau, aux éditions de La Crypte – le quatrième du poète nantais, après Catafalques ou Le Ravin aux ritournelles, chez le même éditeur. S’y déploie en vers libres le récit d’un territoire fictif et de sa langue kinnrade, une invention de l’auteur qui a même créé sa typographie avec Thierry Fétiveau (agence Yokna) et qui emprunte à l’imaginaire des idiomes oubliés (du breton ? du mésopotamien ? de l’akkadien ?). Ses sonorités paraissent, elles, remonter à la nuit des temps.
Le registre est clairement fantastique, dans la veine inconsciente d’une Angélica Gorodischer ou d’un Jorge Luis Borges. Mais la poésie d’Axel Sourisseau, aussi organique soit-elle, reste à l’économie. Des vers brefs, des poèmes tout aussi brefs – mais un rythme de tambours et de tempêtes – pour un ouvrage bref. L’essentiel d’un univers fictionnel tient en fait à quelques fragments mystérieux, comme si le poète faisait l’archéologie d’un monde magique et sombre qu’il a lui-même élaboré à partir du journal ou des archives d’une de ses protagonistes. Du genre : «Sur le rivage où je suis née /on dit que l’écume est la salive /des âmes errantes» ou encore «Cette heure est la mienne /la vôtre peut-être bientôt /celle des encyclopédies». Une invitation à renouer avec la poétique des mythes.
Libération, 1er juin 2026
Georges applaudit Axel