2026/01/21 – Triste nouvelle : le décès d’Annick Trébern-Etienne (Lycée Clemenceau)


Annick Trébern-Etienne

 

est décédée

 

dans la nuit de lundi à mardi

 

 

Jean-Paul Bouchoux nous précise :

 

« Notre ancienne collègue Annick Trébern-Etienne, qui fut professeur de sciences physiques en classes préparatoires dans les années 70, 80 et 90 est décédée dans la nuit de lundi à mardi. C’est son mari Jean Trébern, ancien professeur de physique au lycée Clemenceau lui aussi, qui nous a fait part de cette triste nouvelle »

 

A Jean

et  à toute la famille de Jean et Annick

nous adressons nos plus sincères condoléances

Jean-Louis Liters

 

Jean Trébern nous écrit d’ailleurs :

« L’année passée a été dure et Annick a été vaincue par un cancer « rare » comme disaient les médecins  qui a résisté à la chirurgie et aux chimios. »

 

 

 

Une photo d’Annick

 

choisie par ses deux filles, Armelle et Gaëlle

 

 

 

 

 

Annick,

 

selon Jean, son époux

 

Annick acceptait peu de parler d’elle-même, y compris dans sa famille. Je voudrais donc essayer de vous la faire connaître un peu mieux.

Elle est née à Nantes en 1943, au moment des bombardements, dans une famille d’artisans plombiers, chauffagistes, couvreurs. Les Etienne étaient issus du Morbihan profond (Callac en Plumelec) ce qui expliquera son intérêt permanent pour la Bretagne et  la culture bretonne. Sa mère était de Nantes.

Mais elle naîtra avec un handicap physique qu’elle traînera toute sa vie et qu’on ne traitait pas en 1943 (pas de sécurité sociale en plus).

Sa scolarité en sera très perturbée et se déroulera dans l’enseignement catholique nantais qui acceptera de l’inscrire malgré ce handicap. Elle entre en CP à 8 ans et en 6ème à 10 ans, d’où quelques lacunes dont on plaisantait souvent. Elle ne connaissait ni les tables de multiplication, ni l’ordre alphabétique !

Elle poursuivra cependant ses études, mais c’est le lycée Guist’hau qui l’accueillera en Terminale pour faire des études scientifiques. Après le bac, des amis de la famille lui conseille d’aller à Clemenceau en Math Sup où elle était la seule fille ! De plus le lycée ne l’autorisait pas à manger à la cantine !!!

Souhaitant poursuivre ses études à l’ENS, elle estime que les mathématiques du lycée Clemenceau restaient trop classiques, alors que pointaient les maths dites modernes. Elle monte donc à Paris au lycée Fenelon en Math Spé et elle y apprend à couper les epsilon en morceaux, comme elle disait.

Elle entrera à l’ENS de Sèvres en Math et bifurquera aussitôt vers la Physique. A la fin de son cursus au lieu de se lancer dans l’étude des particules et de la Physique atomique, elle découvre l’Océanographie et suit des études au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris  avec le professeur Lacombe.. 

Dire que l’ENS fut enthousiasmée par sa décision serait exagéré, mais notons qu’un enseignement d’Océanographie existe aujourd’hui à l’ENS.

Ce n’était pas vraiment un endroit pour une femme. Elle sera une pionnière dans le domaine, Ses travaux seront assez brillants, semble-t-il, puisque l’Académie des Sciences lui accordera un prix, qui lui permettra de s’acheter son 1er appareil photo.

Lorsqu’un enseignement d’Océanographie se crée à la Fac des sciences de Rennes, la jeune océanographe agrégée est recrutée par le professeur Le Floc’h. Elle devient vite cheffe de mission car le « patron » a le mal de mer et  elle y rédigera une thèse dont je vous fais grâce du titre. 

Et ce seront les missions dans le Golfe de Gascogne sur l’ancien chalutier « Job Ha Zelian », dans le golfe du Guinée sur le « Jean Charcot » et en mer d’Iroise avec la Marine Nationale sur le « Dompaire ».

 
Mais elle a aussi déniché un jeune océanographe breton qui, appelé par le service militaire, veut partir en coopération au Maroc. Qu’à cela ne tienne, elle l’épouse et l’accompagne au Maroc.. Elle enseignera à la Fac de médecine de Rabat pendant 7 ans. (biophysique et statistiques).

Et c’est la découverte du Maroc, du pays, de la culture et du dialecte marocain, un grand moment de sa vie ! Elle représentait aussi un modèle pour ses étudiantes de fac par la liberté dont elle disposait.

7 ans plus tard et 2 filles en plus, ils se résignent à rentrer  en France, où elle devient prof de Math Sup au lycée Clemenceau à la place de son ancien professeur Le Moal. Elle continuera en Math Spé en y effectuant un travail acharné, comme tous (et toutes) les autres profs de Math Spé d’ailleurs.

Avec quelques collègues femmes, elle convaincra aussi le proviseur Bernard-Brunet que l’ouverture de dortoirs aux filles ne transformerait pas, l’internat en un vaste lupanar !

La retraite arrive et lui permet de s’intéresser aux activités qu’elle n’avait pas eu le temps de réaliser avant. Elle reprend la natation (2 h par semaine en dos crawlé) et surtout les activités artistiques. L’Ecole des Beaux Arts de Nantes tout d’abord, puis quelques ateliers de peinture autour de Vertou avant de se lancer dans la sculpture sur bois au Moulin Gautron de Vertou.

Elle découvre ensuite le sympathique groupe Calame qui pratique la calligraphie arabe où elle peut s’épanouir de façon originale en retrouvant ses sources marocaines.

Elle arrêtera quand un méchant cancer (rare disaient les médecins) va l’attaquer. Elle se battra pendant un an avec sérénité, mais la maladie gagnera le combat contre la chirurgie et les chimios.

Voilà ! je voudrais exprimer pour finir notre reconnaissance à toute l’équipe médicale qui l’a soutenue, ses infirmières Sandrine et Suzy, son kiné Jean-Michel et le personnel hospitalier de l’ICO à Angers et St-Herblain.

                                                Kenavo Annick /Anaïg          

bslama aâlik  Annick

 

Merci à Jean et à ses proches qui ont bien voulu publier sur Georges et les autres le texte (à quelques détails minimes près) dit par Jean à Château-Thébaud, en ouverture de l’hommage rendu à Annick.