2023/12/05 – Mathématiques : « La France garde d’excellents résultats sur le haut niveau » (Denis Choimet, La Croix)


« La France

 

garde d’excellents résultats

 

en mathématiques de haut niveau »

 

Alors que l’OCDE publie mardi 5 décembre les résultats de l’enquête Pisa 2023, Denis Choimet, président de l’Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques, confirme la force du système français de formation de haut niveau, tout en alertant aussi sur sa fragilité.

Entretien recueilli par Emmanuelle Lucas, le 04/12/2023 et publié dans le quotidien La Croix le lendemain.

 

La Croix : La France a longtemps formé des mathématiciens de très haut niveau. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Denis Choimet : Nous bénéficions toujours d’une recherche extraordinaire et nous formons des mathématiciens exceptionnels. Ainsi, quelles que soient les modalités de classement, la France arrive parmi les pays les plus performants si l’on considère la liste de l’ensemble des médaillés Fields, l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques.

Onze des 44 lauréats ont été formés à l’École normale supérieure, par exemple, ce qui est unique. Ils ont été récompensés dans des champs très divers : probabilités, arithmétique, analyse… Cela montre la vitalité de l’enseignement et de la recherche dans notre pays.

Comment expliquer cette vitalité ?

D.C. : Tous ces grands mathématiciens ont d’abord du talent, mais cela ne suffit pas. La France garde d’excellents résultats sur le haut niveau, grâce au continuum de formation de qualité, qui va de l’école au doctorat. Notre système offre tout cela.

En effet, dans cette fabrique des élites, chaque niveau a son importance. Il faut tout d’abord susciter une vocation. Pour s’enflammer pour les mathématiques, il faut avoir fait une rencontre, avoir croisé un professeur, y compris dans les petites classes, qui a su partager son enthousiasme. Ensuite, il faut bénéficier d’un accès à un cursus de très haut niveau. Le réseau des prépas y contribue : l’ensemble de médaillés Fields français en est d’ailleurs issu. Les classes préparatoires aux grandes écoles alimentent le vivier de chercheurs. Dans chaque promotion, des élèves décident de se lancer dans cette voie.

Ensuite, l’université propose des laboratoires de pointe qui accueillent les doctorants. L’École normale supérieure constitue un rouage essentiel de cette fabrique des meilleurs : elle dure quatre ans pendant lesquels les étudiants sont rémunérés, ce qui permet de travailler dans de bonnes conditions, en ayant accès aux meilleurs experts.

Il faut réaliser notre chance d’avoir un tel système qui fonctionne. Les prépas sont gratuites et permettent un suivi individualisé particulièrement favorable aux élèves défavorisés. De leur côté, les universités sont accessibles au plus grand nombre, mais elles sont fragiles. Elles manquent cruellement de moyens, au point que nous avons des chercheurs brillants qui doivent multiplier les contrats précaires, faute de pouvoir obtenir un poste. Aujourd’hui, préserver ce système constitue donc un enjeu à part entière pour les pouvoirs publics.

Cette vitalité est-elle menacée alors que le niveau général baisse ?

D.C. : Les inquiétudes se renforcent depuis la réforme du bac. Avec la disparition de l’enseignement obligatoire en mathématiques à partir de la première, la culture de cette matière a reculé. C’est pourquoi le ministre de l’éducation nationale a remis une heure et demie d’enseignement en première et terminale pour les élèves qui n’ont pas choisi cet enseignement de spécialité.

Cela est important car, à côté des maths de pointe, il en existe des citoyennes qui sont utiles à tous, afin de savoir faire un bref calcul mental ou estimer un ordre de grandeur, ce qui est essentiel au quotidien.

Il reste néanmoins un autre problème : la réforme a tari le vivier d’élèves capables de devenir de bons ingénieurs. On est passés de 200 000 élèves en terminale S avant la réforme à 100 000 élèves ayant suivi la spécialité mathématiques aujourd’hui. C’est un vrai drame, notamment pour les filles, dont le nombre a été divisé par trois. Cela tombe très mal, alors que nous allons avoir besoin de jeunes cerveaux compétents pour penser les enjeux techniques de la transition écologique et du numérique. Aujourd’hui, ils se sont massivement détournés de ces filières.

 

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Notre ami Denis Choimet,

aujourd’hui professeur en classe préparatoire MP* au Lycée du Parc à Lyon et président de l’UPS (Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques),

est un ancien élève du Lycée Clemenceau où il a lui-même été élève en Prépa.

Il a aussi enseigné en classe préparatoire à Clemenceau avant de rejoindre Le Parc. 

 

Jean-Louis Liters