Pascal Bertin
ancien élève
et
ancien professeur
du
Lycée Clemenceau
publie sur
Pascal est aujourd’hui en Chine, professeur coordinateur de sciences physiques à l’Ecole Centrale de Pékin.
Pour mieux profiter de mon expérience professionnelle à Pékin, je tente de progresser en mandarin depuis un peu plus d’un an. Je ne m’attendais pas à ce que cette aventure linguistique soit si riche d’enseignements ! En voici quatre :
– J’ai fini par comprendre qu’on ne peut pas faire l’économie de l’écriture des caractères. Par un processus mystérieux mais réellement puissant, apprendre à tracer un caractère plusieurs fois, en hésitant sur l’ordre des traits et sur les proportions, permet d’ancrer le son du caractère et sa signification dans la mémoire… alors même que la graphie du caractère n’a souvent pas de lien direct avec le son associé ! C’est une véritable leçon d’humilité : accepter de faire un geste qu’on ne comprend pas au début est récompensé par du sens ensuite. Cela me convainc davantage de la nécessité de demander aux étudiantes et étudiants de produire très souvent de l’écrit, si possible à la main, et en acceptant de ne pas tout comprendre tout de suite, pour soutenir l’efficacité des processus de mémorisation et de compréhension.
– Les chatbots d’intelligence artificielle sont maintenant d’un niveau suffisant pour être d’excellents tuteurs linguistiques, à l’exception de la pratique de l’oral. Pour avoir testé quelques intelligences artificielles chinoises (les américaines sont clairement en dessous pour le mandarin, me semble-t-il), on peut vraiment travailler de nombreux aspects de la langue et mettre en place des petites sessions d’entraînement qui s’insèrent très bien même dans des journées chargées. Les retours sur les exercices sont souvent d’une précision remarquable, et on peut facilement ajuster la difficulté. Pour l’oral, on peut aussi vérifier à l’aide d’une synthèse vocale si on a prononcé correctement, mais il manque encore un vrai retour vers l’utilisateur : des progrès sont sans doute à prévoir d’ici quelques années…
– Revenir à une posture d’apprenant me fait réaliser à quel point la difficulté perçue est un paramètre fondamental pour la motivation : si ce que l’on entreprend nous semble trop facile intellectuellement, on se lasse vite (« c’est nul, c’est trop facile! »), mais si c’est trop difficile, on peut assez vite se décourager (« j’y arriverai jamais! »)… Nos élèves ne sont sans doute pas différents, et je pense qu’il est important de s’enquérir de leur perception de la difficulté des tâches qu’on leur demande de temps en temps pour l’ajuster.
– L’apprentissage d’une langue ayant une structure et une logique interne très différente de sa langue natale – comme l’est le mandarin vis à vis du français – permet de gagner en profondeur dans sa langue natale. Au risque d’être un doux rêveur, je pense qu’une introduction même modeste à une langue extra-européenne serait une vraie richesse pour les élèves d’Europe. Les Chinois ne s’y trompent pas, qui désignent une langue par le classificateur 门(mén, porte) : une nouvelle langue est une porte vers un nouvel espace intellectuel !
Georges salue Pascal
bien amicalement