Commémoration 12 novembre 2018


Lycée Clemenceau

12 novembre 2018

Intervention de Jean-Louis Liters,

président du Comité de l’Histoire du Lycée Clemenceau de Nantes.

 

Monsieur le Ministre d’Etat,

Mesdames et Messieurs les élu.e.s

Madame le Proviseur,

Mesdames et Messieurs,

 

En février 1913, dans cette cour d’honneur, des affrontements opposèrent des prépas à l’école militaire de Saint-Cyr et des élèves du secondaire, les premiers reprochant aux seconds l’édition d’une petite revue de potaches littéraires, intitulée En route, mauvaise troupe et ce pour deux articles, l’un accusé d’antimilitarisme et de pangermanisme, l’autre de faire l’apologie de l’anarchie.

 

Que devinrent tous ces élèves une fois la guerre enclenchée ? Sur les 12 reçus à Saint-Cyr en 1913, 7 furent tués à la tête de leur compagnie. Même destin funeste, en septembre 1918, pour l’élève, jeune camelot du roi, à l’origine, selon le proviseur, de l’affaire de février 1913 marquée par une virulente campagne menée contre le lycée, à Paris et à Nantes, dans la presse antirépublicaine.

 

Et les élèves auteurs de la revue me direz-vous ? Un est mort au front, trois autres perdirent la vie de façon tragique dans les années qui suivirent, dont le très fameux Jacques Vaché, cher au surréaliste André Breton et mort en janvier 1919 d’une surconsommation d’opium. Ses « Lettres de Guerre » viennent d’être publiées dans la prestigieuse collection Blanche de Gallimard.

 

Seuls sortirent durablement de la guerre les deux seuls élèves passés devant le conseil de discipline. Ils étaient les auteurs des articles incriminés.

 

Tous, sauf un, avaient été mobilisés. Tous furent tués ou durablement ébranlés par les quatre ans de guerre.

 

Cela donne une idée des ravages causés dans les rangs du lycée et dans les esprits par la Première Guerre mondiale. Jusqu’au jour de l’armistice ce furent au moins 300 jeunes anciens élèves et membres du personnel qui perdirent la vie, tués à l’ennemi, morts de suite de blessures ou gazés. Et l’armistice du 11 novembre ne signifiait pas la paix ; la guerre continuait pour les soldats de l’Armée d’Orient. Les troupes avaient aussi à affronter un autre mal, une maladie dite contractée en service et qu’on n’osait pas appeler la grippe.

 

Pour autant, le lycée de Nantes put s’enorgueillir que Georges Clemenceau, président du conseil et dorénavant pour tous « le père la victoire », ait été élève du lycée. Dès le 14 novembre, le conseil municipal de Nantes demanda que le nom de Clemenceau soit donné au lycée. En février prochain, la communauté du lycée (élèves et personnels, amicale des anciens élèves, comité de l’histoire) commémorera les 100 ans du décret de ratification.

 

Tous les mobilisés ont contribué à la victoire : Clemenceau mais aussi un As de l’aviation commandant de l’escadrille des cigognes, un ingénieur qui réussit en juin 1918 à déchiffrer un radiogramme des forces ennemies, aujourd’hui conservé et dit le « radiogramme de la victoire » ; il y eut aussi issu du lycée plusieurs généraux au plus haut grade et aux plus hautes fonctions. N’oublions pas de citer Aristide Briand qui, avant son frère ennemi Clemenceau, a été durant la guerre ministre puis président du conseil.

 

Après la guerre, on retrouva à Nantes des anciens élèves du lycée à la présidence d’associations d’anciens combattants. Notamment le docteur Eugène Tessier (un de ses fils est dans notre assemblée), le docteur Tessier et Léon Jost, tous les deux proches de Briand et partageant ses idées de paix et de réconciliation.

 

Mais vingt ans après le traité de Versailles, un nouveau conflit déchira le monde et force est de constater que plusieurs anciens élèves qui avaient combattu en 14-18, furent membres ou proches du gouvernement de Vichy et choisirent le parti de la Collaboration. Impossible de leur trouver des excuses ! Même si le père de l’un fut le premier général tué en 1914 ; si un autre avait perdu la vue au combat ; si un troisième avait été psychologiquement ébranlé par quatre années dans les tranchées avant de sombrer dans la fascination pour le leader du Troisième Reich.

 

La nature humaine est fragile, tout comme nos sociétés.

 

La réconciliation entre européens s’est faite progressivement mais la guerre et ses ravages continuent ailleurs. L’Occident lui-même n’est pas à l’abri de turbulences.

 

Il est important, d’autant plus, de ne rien oublier du passé, afin de préserver l’avenir de l’humanité.