Raguideau Corinne


Corinne Raguideau

 

 

Ça avait très mal commencé : je n’étais pas d’origine nantaise et je n’avais pas fait mes études à Clemenceau…

 

C’est vers ma dix-huitième année que, prenant conscience d’un départ si peu orthodoxe dans la vie, je commençai à redresser la barre : en rencontrant tout d’abord, aux sports d’hiver – en jeune parisienne habituée à la montagne plus qu’au littoral atlantique, lequel m’était alors quasi inconnu -, un Nantais dont je tombais amoureuse sur le champ, ancien élève de Clemenceau qui plus est.

 

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En l’épousant ensuite et en venant m’installer, après des études de germaniste à Paris – Sorbonne  (Paris IV), dans la région nantaise.

 

Quelques années de professorat en lycée (mais toujours pas à Clemenceau…) et trois enfants plus tard, je passe le concours de personnel de direction. Mon rang de classement me permettant de rester dans une académie déjà à l’époque très attractive, je démarre dans ces nouvelles fonctions de cadre en qualité de proviseur adjoint au lycée Jacques Prévert  de Savenay.

 

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Lycée dont le proviseur de l’époque rappelait souvent avec fierté que son architecture en faisait un « petit Clemenceau ». Ce n’est pas faux : la Cour d’Honneur comme le gymnase   » Eiffel » de cet établissement construit en 1912 ont de remarquables similitudes avec ceux de Clemenceau.

 

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L’année de ma prise de fonction à Savenay, notre fils aîné entre en Seconde à Clemenceau pour y effectuer ses trois années de lycée, suivant ainsi les traces de son papa et de son grand-père paternel. Sa soeur l’imite peu après. Notre dernier fils essaie bien d’échapper au destin familial. Il n’y réussit que très partiellement  puisque, s’il n’effectue pas sa scolarité à Clemenceau, en revanche il fréquentera le collège puis le lycée Jules Verne – établissement dont chacun sait qu’ il était à l’origine l’ « annexe » du Lycée Clemenceau.

 

Je quitte le lycée de Savenay pour prendre la direction d’un collège classé Éducation Prioritaire, à Nantes : le Collège du Breil, aujourd’hui rebaptisé Collège Rosa Parks. Cinq années d’un travail parfois délicat mais ô combien valorisant, la découverte d’un public attachant, spontané et en mal de reconnaissance, de familles méritantes le plus souvent, de professeurs condamnés à la remise en cause permanente et à l’excellence sous peine de se retrouver en grande souffrance. Une étape extrêmement formatrice pour un chef d’établissement, une école du management, de la communication de crise, de la motivation des équipes et surtout de l’écoute et du respect de l’autre.

 

L’étape suivante se déroule au rectorat, en qualité de conseillère du Recteur dans un premier temps, puis de directrice de cabinet de trois recteurs successifs : le Recteur Dubreuil, le Recteur Desneuf, enfin le Recteur Chaix. Je connais le privilège rare d’appréhender l’académie dans sa globalité, tant horizontale (cinq départements) que verticale  (de la maternelle à l’université), de côtoyer ses plus grands gestionnaires, de percevoir la portée tant stratégique que politique que constitue le pilotage d’un tel vaisseau.

 

Et puis, après sept années au rectorat, désireuse de renouer avec le management d’équipes et la proximité des élèves, je saisis la très belle opportunité qui m’est donnée de prendre la direction du Lycée Clemenceau. Nous sommes alors en 2012.

 

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Mes activités professionnelles m’occupent beaucoup (je ne sais pas faire autrement) : peut-être est – ce pour cela que je n’ai pas développé de grande passion à côté – hors la passion de l’autre : écouter, chercher la richesse intérieure de chacun, comprendre les mécanismes humains. En fait, j’ai besoin de toucher à tout et de tout embrasser, ce qui m’empêche de me consacrer de manière approfondie – de crainte de connaître l’exclusive – à une seule chose. Je n’ai pas de passion – je suis passionnée, et donc mes passions sont multiples : le sport, la lecture, l’écriture, les voyages, la musique, le cinéma. J’aime être entourée d’amis. Et la solitude. Les romans policiers. Et l’Histoire. Discuter. Et me taire.